Israël commet de nouveau un massacre à grande échelle dans la bande de Gaza, en Palestine. Selon le bilan au 19 mai des bombardements israéliens commencés le 10 mai, 219 habitants de la bande de Gaza ont été tués, dont 63 enfants et adolescents. On compte environ 1 600 blessés, et le nombre de victimes augmente rapidement.
Israël affirme avoir commencé à bombarder la bande de Gaza en réponse aux tirs de roquettes du parti palestinien « Hamas » vers Israël. À l’origine, le Hamas avait exigé qu’Israël retire sa police des frontières de « Sheikh Jarrah », à Jérusalem-Est, et de la mosquée Al-Aqsa. Juste avant l’ultimatum du Hamas, Israël avait déjà bloqué les routes à la frontière de la bande de Gaza, interrompu ce qu’il présentait comme les plus grandes manœuvres militaires de son histoire et engagé ses préparatifs de guerre. Puis, lorsque le Hamas a tiré des roquettes après l’expiration de l’ultimatum, Israël s’en est servi de prétexte pour commencer un massacre à grande échelle à Gaza.
À « Sheikh Jarrah », à Jérusalem-Est, Israël expulse de force des habitants palestiniens pour installer des colons juifs illégaux, et il a envoyé, pour réprimer brutalement les habitants qui résistaient, une police des frontières qui équivaut à une armée. Les expulsions forcées et la répression des manifestations à Sheikh Jarrah, version réduite du nettoyage ethnique de la population autochtone palestinienne qui a commencé avec la fondation d’Israël en 1948, ont suscité la colère de la société civile palestinienne ; lorsque les manifestations se sont étendues, la police des frontières israélienne a pénétré jusque dans la mosquée Al-Aqsa voisine et a tiré des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des balles recouvertes de caoutchouc sur les manifestants et sur les fidèles en prière. Les manifestations se sont naturellement étendues à la bande de Gaza et à la Cisjordanie, occupées militairement en 1967, ainsi qu’aux villes palestiniennes d’Israël, et les tirs de l’armée et de la police israéliennes sur des manifestants désarmés ont fait de plus en plus de victimes. C’est dans cette situation, toujours en cours, que le Hamas a exigé le retrait de la police des frontières. Et il n’y a pas que le Hamas. Depuis que, en 2007, Israël bloque par terre, par mer et par air la bande de Gaza et y commet périodiquement des massacres à grande échelle, toutes les forces de résistance de Gaza se sont unies pour répondre à Israël. Alors que les Palestiniens ne répondent en dernier recours qu’une fois la violence des forces armées et de police israéliennes contre des manifestants désarmés à son comble, Israël isole le seul « Hamas » et présente à la communauté internationale ses propres attaques comme une « légitime défense » contre la frappe préventive d’un groupe terroriste islamiste impitoyable.
L’attaque tous azimuts d’Israël contre tous les Palestiniens, à Gaza comme à l’intérieur et à l’extérieur d’Israël/Palestine, a des origines plus anciennes. Israël a été fondé en 1948 sur 78 % des terres de la « Palestine historique », par le nettoyage ethnique de la population autochtone palestinienne. Puis, en 1967, il a occupé militairement les 22 % restants, c’est-à-dire la Cisjordanie, Jérusalem-Est comprise, et la bande de Gaza, et il les occupe encore aujourd’hui. Les citoyens palestiniens représentent 20 % de la population du pays, mais Israël a adopté une loi de rang constitutionnel selon laquelle « Israël est l’État-nation du peuple juif », et il compte à lui seul une soixantaine de lois qui discriminent officiellement les citoyens palestiniens en Israël.
C’est pourquoi la société civile palestinienne et la société civile sud-africaine, qui a directement connu l’apartheid, qualifient depuis longtemps Israël d’« État d’apartheid ». Ce qu’Israël commet dans toute la Palestine répond à la définition de l’apartheid, qui consiste à « établir et maintenir la domination d’un groupe racial sur un autre et à l’opprimer systématiquement ». Deux anciens rapporteurs spéciaux des Nations unies sur les droits de l’homme en Palestine ont qualifié Israël d’État d’apartheid. Récemment, des organisations israéliennes de défense des droits humains et des organisations internationales de défense des droits humains ont elles aussi publié des positions officielles qualifiant Israël de régime d’apartheid. L’apartheid est la qualification exacte qui recouvre la réalité des souffrances endurées par ces Palestiniens, dans la Palestine occupée, en Israël, et jusqu’aux 7 millions de réfugiés palestiniens chassés par la fondation d’Israël en 1948 et à qui Israël dénie encore aujourd’hui le droit de rentrer chez eux.
La société civile palestinienne demande aujourd’hui que, comme le monde entier l’a fait avec l’Afrique du Sud de l’apartheid, des sanctions soient imposées à Israël et qu’un embargo global soit décrété sur les armes israéliennes. Pourtant, même dans ces circonstances, les États-Unis soutiennent que l’attaque israélienne contre la bande de Gaza relève de l’« exercice du droit de légitime défense », ont fait échouer l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU demandant un cessez-le-feu, et ont livré sans changement l’aide militaire prévue à l’avance. Et la Corée ? Deux jours après le début des bombardements israéliens sur la bande de Gaza, le gouvernement coréen a tenu la cérémonie de signature d’un accord de libre-échange (ALE) avec Israël. Faisant abstraction de l’occupation militaire, il affirme que « des tirs de roquettes indiscriminés, en particulier depuis la bande de Gaza, et la réponse à ceux-ci continuent de causer de nombreuses victimes civiles, y compris des enfants », imputant ainsi au camp palestinien la responsabilité du massacre de civils palestiniens par Israël.
Au 18 mai, Israël bombarde le sud du Liban, laissant entrevoir une possible extension du conflit. Cette année, la Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur les crimes de guerre d’Israël, mais Israël, sans s’en soucier, continue d’ajouter des chefs d’accusation. Israël doit cesser immédiatement ses bombardements sur la bande de Gaza. Mais tant qu’Israël dominera toute la Palestine, il pourra reprendre les bombardements à tout moment. Israël doit se retirer de tous les territoires palestiniens occupés militairement, et le système d’apartheid lui-même doit prendre fin. Nous formulons donc les exigences suivantes.
– Israël doit cesser immédiatement le massacre dans la bande de Gaza
– Israël doit se retirer de tous les territoires occupés de Palestine et de Syrie
– Le gouvernement coréen doit rompre l’ALE avec Israël et imposer à Israël un embargo global sur les armes
20 mai 2021
160 organisations de la société civile coréenne condamnant l’invasion de la bande de Gaza par Israël
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