Déclaration de la conférence de presse
Que le gouvernement réponde aux cris de détresse des réfugiés
Le 19 août 2018, deux demandeurs d’asile égyptiens ont entamé une grève de la faim à durée indéterminée sur le sol de ciment. L’un d’eux s’était blessé à la jambe sur son lieu de travail et pouvait à peine marcher. Son épouse, enceinte jusqu’au terme, voyant son mari faire la grève de la faim, n’arrivait pas à avaler correctement un repas.
Ne sachant pas à qui s’adresser, ils ont commencé, en plus du sit-in devant le poste de sécurité de Hyoja, une manifestation individuelle sur la partie du passage piéton située devant le complexe gouvernemental. Le poste de sécurité de Hyoja, isolé et presque désert, et une chaussée sans la moindre ombre : ce sont deux endroits que des Coréens de souche n’auraient jamais choisis pour un sit-in. Avec pour seul souhait que la Maison Bleue et le gouvernement entendent leur histoire, ils ont pris place là.
Après le rejet de leur demande d’asile en première instance, ne pouvant accepter ce résultat, ils ont formé un recours. Ils ne savent même pas pourquoi leur demande d’asile n’a pas été acceptée ni quand le résultat sera connu, et ils vivent dans une situation d’inquiétude en prolongeant leur visa tous les trois mois. Plus de deux ans se sont ainsi écoulés.
En Corée, la probabilité pour les demandeurs d’asile d’obtenir le statut de réfugié lors du premier examen est extrêmement faible. En 2017, 121 demandeurs d’asile ont obtenu le statut de réfugié sur toute l’année. Parmi eux, seuls 27 l’ont obtenu au stade de la première demande, ce qui représente 0,27 % de l’ensemble des demandeurs d’asile de 2017 (9 942 personnes). Ce faible taux de reconnaissance au premier examen n’est pas dû aux demandeurs d’asile. Il tient à une procédure d’examen qui n’est ni équitable ni transparente : questions d’examen empreintes de préjugés, informations insuffisantes sur la procédure d’examen, procès-verbaux d’entretien difficiles à vérifier pour les intéressés. En juillet dernier, il a même été révélé qu’un fonctionnaire du Bureau de l’immigration (Immigration Office) du ministère de la Justice (Ministry of Justice), censé mener un examen équitable des demandes d’asile, avait rédigé de faux procès-verbaux d’entretien avec l’aide d’un interprète. Il est apparu que la procédure du premier examen du ministère de la Justice comporte déjà un défaut fatal qui l’empêche de garantir l’équité.
L’immense majorité des demandeurs d’asile dont la demande est rejetée au premier examen reçoivent un avis de non-reconnaissance d’une seule page, rédigé uniquement en coréen. Comme ils ne savent pas en détail sur quel point précis leur demande a été rejetée, ni pourquoi les documents qu’ils ont montrés ou remis n’ont pas été reconnus, ils ne peuvent pas comprendre la décision. Les motifs n’étant pas précis, leur recours ne peut pas l’être non plus.
Le Comité des réfugiés (Refugee Committee), qui procède au deuxième examen sur la base des recours déposés, est composé de 15 membres. En 2017, il ne s’est réuni que 6 fois dans l’année. Naturellement, le temps d’attente des demandeurs d’asile qui attendent le résultat du deuxième examen s’allonge. L’an dernier, le nombre de recours examinés à chaque réunion était, au plus bas, de 470 et, au plus haut, de 1 077. Il est extrêmement rare que les intéressés soient convoqués pour être entendus à nouveau ; dans la plupart des cas, la décision est rendue après examen des documents du premier examen. Le deuxième examen se déroule donc sur la base de documents déjà déformés lors du premier. Que peut-on attendre d’équitable d’un tel deuxième examen ? L’an dernier, seules 24 personnes ont obtenu le statut de réfugié au deuxième examen.
Les réfugiés en grève de la faim attendent ainsi le résultat du deuxième examen. La vie en Corée en tant que demandeur d’asile, sans avoir obtenu le statut de réfugié, est une vie exclue de tous les systèmes de l’État et de la société. En prolongeant leur visa tous les trois mois, ils ne peuvent ni occuper un emploi de qualité, ni s’affilier à l’assurance maladie locale, ni recevoir d’aide face à la pauvreté. Les demandeurs d’asile ayant reçu l’« aide aux frais de subsistance » dont parlent tant les opposants aux réfugiés ne représentent que 3,2 % de l’ensemble des bénéficiaires potentiels de cette aide ; celle-ci peut être versée pendant 6 mois après le dépôt de la demande, mais, faute d’informations sur la demande, en raison des retards d’examen, etc., il est extrêmement rare qu’elle soit versée pendant la totalité des 6 mois.
Ils sont descendus dans la rue en demandant pourquoi leur vie, ou celle de leur famille et la leur, en est arrivée là, et ce qu’ils peuvent faire. Dans un séjour temporaire dont on ne sait quand il prendra fin, dans l’angoisse de ne pouvoir planifier l’avenir, ils disent que leur vie est gaspillée. Le gouvernement n’entend-il pas leurs cris de détresse ? Ne voit-il pas l’attente, le découragement et le désespoir qu’ils ont connus un nombre incalculable de fois avant de descendre dans la rue pour faire la grève de la faim ?
Quelle est la réponse du gouvernement aux cris des demandeurs d’asile ? Jusqu’à présent, le gouvernement a résolu les problèmes en bloquant les voies de dépôt des demandes d’asile. Lorsque les demandeurs d’asile syriens se sont multipliés, il a interdit aux Syriens l’accès même à la zone de transit de l’aéroport sans visa ; lorsque les demandeurs d’asile yéménites se sont multipliés sur l’île de Jeju, il a supprimé l’entrée sans visa des Yéménites à Jeju. Face à l’augmentation des demandeurs d’asile due à la situation politique en Égypte, la réponse du gouvernement est, là aussi, de supprimer l’entrée sans visa des Égyptiens à partir du 1er septembre.
Que le gouvernement réponde à leurs cris de détresse.
Cessez immédiatement de répondre en bloquant les voies afin que la voix des réfugiés ne s’élève pas davantage. Même si une voie est bloquée sur le moment, la voix des réfugiés ne s’arrêtera jamais.
Écoutez activement la voix des réfugiés et établissez une procédure de reconnaissance du statut de réfugié équitable et transparente. Créez un environnement dans lequel les demandeurs d’asile puissent vivre dignement en Corée.
Cessez immédiatement d’induire la population en erreur par un cadrage tel que celui de « réfugiés abusifs » et d’attiser l’inquiétude et la haine. La seule manière de résoudre l’inquiétude et les conflits sociaux actuels est que le gouvernement s’engage activement à construire une société où réfugiés et population autochtone puissent vivre ensemble en harmonie, sans que personne ne soit exclu.
30 août 2018
L’ensemble de la société civile qui soutient la grève de la faim des réfugiés
거창평화인권예술제위원회 / 경계를넘어 / 공익인권법재단 공감 / 광주인권지기 활짝 /구속노동자후원회 / 국제민주연대 / 난민인권센터 / 노동당 / 노동자연대 / 다른세상을향한연대 /다신인권센터 / 대구경북 차별금지법제정연대(대구경북여성단체연합, 대구여성의전화,
대구장애인차별철폐연대, 대구경북이주연대회의, 무지개인권연대, 청소년교육문화공동체반딧불이, 레드리본사회적협동조합, 레드리본인권연대, 대구경북HIV·AIDS감염인자조모임해밀, 대구경북노동인권센터, 대구경북교수노조, 대구경북진보연대, 대구경실련, 대구경북인도주의실천의사협의회, 행동하는의사회대구지부, 평화캠프대구지부, 인권실천시민행동, 대구기독교교회협의회인권위원회(NCCK), 민주사회를위한변호사모임대구지부, 대구경북양심수후원회, 인권운동연대, 대구시민단체연대회의, 대구민중과함께, 노동당대구시당, 녹색당대구시당, 민중당대구시당, 정의당대구시당, 소우주성문화센터) / 민주주의법학연구회 / 반성매매인권행동이룸 / 불교인권위원회 /빈곤과차별에저항하는인권운동연대 / 사회변혁노동자당 /서울인권영화제 / 서울장애인차별철폐연대 /성매매문제해결을위한전국연대(부설 여성인권센터 보다, 광주여성의전화 부설 한올지기, 광주여성인권지원센터, 대구여성인권센터, 수원여성의전화 부설 어깨동무, 모모이, 새움터, 인권희망 ‘강강술래’, 여성인권티움, 전북여성인권지원센터, 제주여성인권연대 부설 해냄, 불턱, 자활, 여성인권지원센터 살림, 전남여성인권지원센터, 경남여성회 부설 여성인권상담소 , 목포여성인권지원센터) / 성적소수문화인권연대 연분홍치마 / 아시아의친구들 / 아시아평화를향한이주 MAP /
옥바라지선교센터 / 외국인이주·노동운동협의회((사)지구촌사랑나눔중국동포의집, (사)한국이주민건강협회희망의친구들, 남양주샬롬의집, 부천이주노동복지센터, 서울외국인노동자센터, (사)외국인노동자와함께, 아산외국인노동자센터, 아시아인권문화연대, 외국인이주노동자인권을위한모임, 용인이주노동자쉼터, 의정부EXODUS, 인천외국인노동자센터, 파주샬롬의집, 포천나눔의집,한국이주여성인권센터) / 이주공동행동 /이주노동자차별철폐와인권노동권실현을위한공동행동(건강권실현을위한보건의료단체연합, 경기이주공대위, 공익인권법재단 공감, 구속노동자후원회, 노동당, 노동사회과학연구소, 노동전선, 노동자연대, 녹색당, 대한불교조계종사회노동위원회, 문화연대, 민주사회를위한변호사모임노동위원회, 민주주의법학연구회, 민주화를위한전국교수협의회, 사회변혁노동자당, 사회진보연대, 아시아의창, 이주노동자노동조합(MTU), (사)이주노동희망센터, 이주노동자운동후원회, 이주민방송(MWTV), 이주민센터 친구, 전국민주노동조합총연맹, 전국빈민연합, 전국철거민연합, 전국학생행진, 정의당, 지구인의정류장, 천주교인권위원회, 필리핀공동체카사마코, (사)한국불교종단협의회인권위원회, 한국비정규노동센터, 한국이주인권센터) / 이주민방송 MWTV / 이주여성인권센터 / 이주여성인권포럼 /이주인권연대(경산이주노동자센터, 경주이주노동자센터, 이주민과 함께, 아시아의 창, 안산이주민센터, 양산외국인노동자의 집, 울산이주민센터, 이주민노동인권센터, 이주와 인권연구소, 지구인의 정류장, 천안 모이세, 한국이주인권센터) / 인권운동공간 활 / 인권운동사랑방 / 인권중심사람 / 인천인권영화제 /
장애와인권발바닥행동 / 장애인차별금지추진연대 / 전국장애인차별철폐연대 / 전북평화와인권연대 /제주평화인권연구소 왓 / 진보네트워크센터 / 참여연대 /팔레스타인평화연대 / 한국게이인권운동단체 친구사이 / 한국이주여성인권센터 /한국이주인권센터 / 헬프시리아
Lettre de M. Abdulrahman Zaid, participant au sit-in
*Traduction : Migration to Asia Peace (MAP)
À l’attention des personnes concernées
Bonjour.
Je suis Abdulrahman Zaid, militant de la révolution égyptienne. J’ai été arrêté en Égypte lors d’une manifestation, les médias égyptiens m’ont discriminé en raison des origines de mon père et, finalement, j’ai été condamné, à tort, à cinq ans de prison. Menacé en raison de mes opinions politiques et de mes origines, et pouvant à tout moment perdre la nationalité égyptienne, j’ai dû fuir l’Égypte. J’ai fini par venir en Corée pour demander l’asile, parce que la Corée est l’un des pays signataires de la Convention relative au statut des réfugiés. Pourtant, cela fait près de 2 ans et 5 mois que je suis ici et je n’ai toujours pas été reconnu comme réfugié.
J’ai soumis de nombreuses preuves, telles que des documents, des rapports, des vidéos et des articles de presse, mais le bureau de l’immigration m’a finalement rejeté, comme à son habitude, pour des motifs très insignifiants, absurdes et contraires à l’éthique. J’ai formé un recours contre la décision de non-reconnaissance du statut de réfugié, mais depuis plus d’un an et deux mois, le ministère de la Justice ne répond pas. En réalité, le bureau de l’immigration continue de manipuler et de gaspiller nos vies, et rejette de véritables demandes d’asile en invoquant tous les motifs absurdes que vous pouvez imaginer. Il va parfois jusqu’à cacher certaines preuves, et il a fini par commettre le crime de falsification dans plus de 100 entretiens d’examen de demandes d’asile. En attendant au total environ 2 ans et 5 mois, j’ai contacté à plusieurs reprises le bureau de l’immigration pour demander une décision et j’ai même manifesté devant le bureau chargé des réfugiés, mais sans réponse.
Finalement, je n’avais pas d’autre choix, et je suis maintenant en grève de la faim publique devant la Maison Bleue. Je ne demande aucun privilège ni aucune exception. Je demande seulement que mes droits soient protégés conformément à la loi coréenne et aux conventions internationales signées par la Corée. J’espère simplement que le ministère de la Justice de la Corée respectera la loi coréenne. Aucun citoyen coréen fier de son pays ne tolérerait une situation où le gouvernement ne respecte pas la loi. Et aucun citoyen coréen ne pense que nous prendrions plaisir à notre souffrance. Nous sommes simplement des militants qui réclamaient la liberté pour leur patrie, l’Égypte, et nous subissons l’oppression, les meurtres et l’emprisonnement. Certains d’entre nous, comme moi, ont pu s’enfuir pour se mettre en sécurité. Je me suis enfui parce que ma mère m’avait demandé de ne pas me laisser emprisonner ni tuer, faute de quoi elle mourrait de chagrin pour moi. Notre vie et notre sécurité sont très importantes pour nos familles. Vivre en sécurité dans la paix, c’est tout ce que nous voulons. Est-ce trop demander ?
Par cette grève de la faim, mes compagnons et moi demandons aux autorités coréennes ce qui suit.
Premièrement, que la procédure d’examen de la reconnaissance du statut soit menée rapidement, « de manière professionnelle et équitable », pour tous les demandeurs d’asile, et que l’on réponde immédiatement aux demandes d’asile, retardées depuis plus de deux ans, de moi-même, de mon compagnon Anas et de son épouse.
Deuxièmement, que soit menée une enquête approfondie sur le ministère de la Justice, qui a systématiquement dénaturé la grande majorité des demandes d’asile sincères.
Troisièmement, que l’on cesse d’insulter et de mépriser tous les réfugiés et que l’on nous traite comme des êtres humains. Et que l’on s’excuse pour les mauvais traitements infligés jusqu’ici.
Fait le 19 août 2018 devant la Maison Bleue de la République de Corée
Cordialement, Abdulrahman Zaid